Extraits du Journal "LE SOIR" du 8 mars 1988
Séoul.
Aux Jeux, à vélo et à trois
Il a fait le tour du monde, en 1984.
A vélo.
A rallié, au départ de Bruxelles, Paris puis Dakar.
L'année passée.
Toujours à vélo.
Ce samedi 5 mars, il est reparti pour une nouvelle aventure.
Comme un jeu.
Pour les Jeux.
Son « point de chute » sera en effet Séoul et ses Jeux olympiques, l'été prochain.
Un menuisier pas comme les autres, Marcel Hendrickx.
Et cyclotouriste impénitent.
La randonnée sera pleine d'imprévus, mais évitera toutefois
l'Afghanistan et la Corée du Nord.
Tout en traversant l'Iran.
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Au programme, des étapes journalières d'environ 120 kilomètres.
Et des objectifs définis : Istanbul le 1er avril, Téhéran le 1er mai, Islamabad le 1er juin et Shangai le 14 septembre. Mais aussi deux compagnons de route : Pol Meura, kinésiste et Sergio Calafiore, bijoutier. Un matériel performant, des kilos de vivres, et beaucoup, beaucoup de volonté. Le trio donnait son premier coup de pédale, samedi à 14 h, devant la maison communale d'Uccle. Le bourgmestre André Deridder avait tenu à leur souhaiter les meilleurs mollets possible. |
Extraits du Journal Le Soir du 9 novembre 1988
Signé André Tignon
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PLEINE FORME
Randonnée cyclo : le Bruxelles-Séoul de Marcel et Pol L'EXPLOIT dépasse l'entendement, mais les héros ne s'en formalisent pas,
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| Si Marcel Hendrickx, le Bruxellois, poursuit aujourd'hui son échappée
vers la Thaïlande de ses rêves, Pol Meura,le Namurois, est maintenant rentré pour reprendre ses activités de professeur de gymnastique et de kiné. A lui donc de dresser le bilan d'un raid entamé depuis mars : Séoul n'était qu'un prétexte. Il nous importait de réussir un voyage sportif selon le meilleur esprit olympique. Nous formions une équipe de routinés rodés par un tour du monde et une traversée du Sahara pour Marcel et par un double triathlon pour moi après la série de toutes les diagonales françaises. Parfaits amateurs, nous étions soucieux de nous dépasser et de nous comporter en ambassadeurs artisans du rapprochement des peuples. Ce qui fut fait. |
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Il faut être costaud pour suivre la pédalée de Pol et de Marcel.
D'autant plus que le voyage impose de rouler, le plus souvent,
entre sept et huit heures par jour, ceci en totale autonomie
et sur des chemins qui manquèrent, le plus souvent, de tarmac.
Ardennes enneigées |
L'Autriche enneigée |
De plus, les montagnes se dressent devant les cyclistes pour imposer
des ascensions à plus de 4.000 mètres au Pakistan, puis en Chine.
Bien entendu, il faut alors supporter
tant le chaud et l'aridité que le froid et la pluie.
Montée d'un col dans le Kurdistan |
Descente acrobatique du col |
La dimension sportive
Nos cyclotouristes "olympiques" ont connu des conditions aussi exceptionnelles
que les aventures de Marco Polo, pionnier de la route de la Soie.
Difficile de raconter dans le détail les tourments du quotidien.
Rapportons, cependant que le troisième compagnon
parti de Bruxelles ne dépassa pas l'Europe,
victime des montagnes enneigées, d'une tendinite et du rythme effréné.
Le désert chinois de Takiamakan (Xin Kiang)
ne se traverse jamais sans assistance,
affirme le marcheur français Lanzman, qui n'obtint
les autorisations chinoises
qu'en acceptant l'escorte imposée.
Sur la route en Iran |
Logement dans un silo à grains |
Enfin, le globe-trotter bruxellois qui rejoignit nos deux raiders pour traverser la Chine dans leur sillage n'eut d'autre recours
que d'emprunter une "route de velours" où le vélo prenait place
dans les camions, bus ou wagons de chemin de fer pour ne pas manquer les rendez-vous de l'ambassade.
Les pédaleurs pédalèrent.
Mais le vélo ne songe pas qu'aux kilomètres avalés.
Il pourrait parler du quotidien austère partagé avec des Roumains,
des populations iraniennes marquées par l'integrisme et meurtries
par la guerre, de la rusticité des villageois pakistanais dominés par la montagne.
Acceuil en Iran
Marcel et Pol envoyaient régulièrement des cartes postales ponctuant leur
progression et donnant ainsi les premiers échos de leurs aventures, de leurs rencontres,
sinon de leurs déboires. Retrouvons leur dernière carte pakistanaise :
SOST, 23 juin, 10.835 kilomètres, 3.200 mètres d'altitude.
Venons de passer le poste frontière pakistanais distant de 85 kilomètres du sommet...
et de la frontière chinoise.
Passage dans le Karakoram |
Qui a la priorité ? |
On nous affirme que la circulation est impossible
à la suite de formation de torrents et
de chutes de pierres avant et après DFI,
le dernier village frontalier.
On tâchera de passer à bicyclette."
Passage dans le torrent |
Passage dans le Col du Kunjerab |
Arrivée à la frontière chinoise
S'il est désormais facile de visiter la Chine officielle des villes ouvertes aux étrangers,
il reste interdit de traverser librement à bicyclette ce vaste territoire.
Nos deux randonneurs le savaient et en eurent confirmation à leurs dépens.
A deux reprises,ils durent débourser une amende de 50 yuans
(un mois dé salaire pour un Chinois, mais beaucoup moins
pour un Européen qui a changé son argent au marché noir !)
Mais que valent les serments chinois de Pol et de Marcel
qui se sont juré de pédaler jusqu'au bout?
| La dimension humaine
Impossible cependant de voyager incognito : "Nous dressions la tente la nuit tombée, en un lieu caché par la végétation, pour échapper à la police, mais aussi pour ne pas alerter la curiosité des villageois. S'il nous était facile de trouver à manger grâce aux pâtes et aux légumes que servent les gargottes au bord de route, il était exclu de s'asseoir tranquillement. Partout, notre arrivée provoquait la nuée de curieux qui affluaient pour épier nos gestes et échanger leurs réflexions sur ces étranges passagers. Les premiers étrangers peut-être ! ", Pékin ramène à la civilisation ! |
Tente dressée à Taersi |
Pique-nique en Chine |
Le plus dur est fait, qu'on en juge par la carte témoin :
"BEILING, 2 septembre. 15.600 kilomètres, septante-deux cols franchis. Bien arrivés dans la capitale au terme d'un mois d'août complètement fou. Nous venons de parcourir 4.800 kilomètres chinois sur des pistes qui ont martyrisé nos pneumatiques et éprouvé notre détermination. Nous sortons d'une région plus montagneuse que prévu, mais qui nous a livré une Chine fantastique... " Soucieux de rouler, nos voyageurs consacrèrent cependant cinq journées à visiter ce que l'ancien empire du Milieu conserve de plus magnifique : 25 kilomètres de fresques dans les grottes de Mogao, 50.000 bouddhas dans des Caves de Yungang, 1.087 soldats grandeur nature en terré cuite dépuis sept mille ans, village néolithique de Bampo... |
1.087 Soldats en terre cuite> |
Passage difficile |

Retour vers les exploits de Marcel
